Filmer en log : pourquoi votre image est terne et comment en tirer le meilleur
Vous rapatriez vos rushes, vous ouvrez le premier plan, et c'est la douche froide : l'image est grise, molle, délavée, comme recouverte d'un voile de brouillard. Rien à voir avec le rendu cinéma promis par les tutos. Rassurez-vous, c'est exactement ce qui doit arriver. Filmer en log ne produit jamais une belle image en sortie de carte, ça produit une image volontairement fade mais gorgée d'informations, qui attend son étalonnage pour révéler ce qu'elle contient. Reste à savoir si ce mode de travail est vraiment fait pour vous, et à quel prix.
L'image terne est un symptôme, pas un défaut
Le capteur de votre caméra ne voit pas le monde comme votre œil. Il enregistre de la lumière de façon linéaire : deux fois plus de photons, deux fois plus de valeur. Notre perception, elle, est logarithmique. Nous distinguons très finement les nuances dans les zones sombres et beaucoup moins dans les hautes lumières. Un dégradé de gris foncés nous saute aux yeux, deux blancs proches nous paraissent identiques.
Le problème arrive au moment de stocker tout ça dans un fichier. Un fichier vidéo n'a qu'un nombre limité de valeurs disponibles par canal : 256 en 8 bits, 1024 en 10 bits. Si vous répartissez ces valeurs de manière linéaire, vous gaspillez l'immense majorité d'entre elles dans les hautes lumières, là où personne ne verra la différence, et vous en laissez une poignée ridicule aux ombres, là où tout le monde verra le banding et le bruit.
La courbe log corrige cette injustice. Elle redistribue les valeurs disponibles pour donner beaucoup plus de place aux basses lumières et aux tons moyens, et compresse les hautes lumières qui en ont moins besoin. Résultat visuel : le noir n'est plus noir, il est gris foncé. Le blanc n'est plus blanc, il est gris clair. La saturation est écrasée. Votre image ressemble à une photo laissée trop longtemps au soleil.
Mais sous ce voile, vous avez gagné quelque chose de précieux : de la plage dynamique. Là où un profil standard vous donne environ 7 à 9 diaphragmes exploitables, un bon profil log vous en offre 12, 13, parfois plus selon le capteur. Concrètement, la fenêtre derrière votre sujet n'est plus un rectangle blanc cramé, et l'ombre sous son menton n'est plus un aplat noir sans détail.
Le Rec.709 décide à votre place, et souvent bien
Le Rec.709 n'est pas l'ennemi du log, c'est sa destination. C'est le standard de couleur des écrans grand public depuis l'arrivée de la HD : YouTube, votre télé, l'écran du client, tout finit par y passer. Quand vous filmez dans un profil standard, la caméra applique elle-même une courbe de contraste, une saturation, un rendu de peau. Elle prend les décisions créatives à votre place et les grave définitivement dans le fichier.
Ce n'est pas une insulte. Les fabricants ont passé des années à peaufiner ces rendus, et sur beaucoup de caméras récentes, l'image standard est franchement bonne dès la sortie. Le vrai coût du profil standard n'est pas la qualité, c'est l'irréversibilité. Ce qui est cramé est perdu, ce qui est bouché est perdu, et la balance des blancs que vous avez ratée sera très difficile à rattraper sans détruire les carnations.
Le log ne rend pas votre image plus belle. Il repousse simplement le moment où vous devez décider à quoi elle ressemblera.
Un profil standard, c'est un JPEG. Un profil log, c'est un RAW allégé. Le premier vous fait gagner du temps, le second vous fait gagner du contrôle. Le choix dépend uniquement de ce dont vous avez besoin sur ce projet précis, pas de ce qui fait le plus professionnel sur le papier.
Faut-il filmer en log ? Les conditions à réunir
Filmer en log a du sens quand plusieurs de ces conditions sont réunies :
- Votre scène a un fort écart de luminosité. Intérieur avec fenêtre, contre-jour, coucher de soleil, néons dans une pièce sombre. C'est là que la plage dynamique paie cash.
- Vous enregistrez en 10 bits. Une courbe log en 8 bits étire 256 valeurs sur 13 diaphragmes, et vous ferez apparaître du banding dans le moindre ciel dès que vous remonterez le contraste. Beaucoup de caméras d'entrée de gamme proposent un profil log en 8 bits : c'est souvent un piège.
- Vous prévoyez d'étalonner. Si votre workflow consiste à couper, exporter, publier, le log ne vous apportera rien d'autre que du travail en plus.
- Vous mélangez plusieurs caméras. Le log facilite énormément le raccord colorimétrique entre boîtiers différents.
- Le projet est facturé. Un client qui demande une retouche de teinte trois semaines plus tard sera beaucoup plus facile à satisfaire.
À l'inverse, restez en profil standard si vous filmez en lumière contrôlée, si vous livrez vite, si votre machine peine déjà au montage, ou si vous débutez et que l'exposition n'est pas encore un réflexe. Un plan bien exposé en Rec.709 vaut infiniment mieux qu'un plan log mal exposé et bruité. Si votre limite est plutôt matérielle que créative, jetez un œil à ce qu'il faut vraiment prioriser dans une config PC pour le montage vidéo avant d'ajouter une couche d'étalonnage à votre chaîne.
Exposer en log, c'est là que tout se joue
Voici le point que la plupart des débutants ratent. En log, l'écran de votre caméra vous ment. L'image paraît terne, alors votre instinct vous pousse à ouvrir davantage, ou au contraire à faire confiance à ce gris rassurant. Les deux vous mènent dans le mur.
Les outils fiables :
- Les zébras et le faux-piqué ne suffisent pas. Ils sont calibrés pour une image contrastée, pas pour une courbe log.
- Utilisez la LUT de monitoring. La quasi-totalité des caméras modernes permet d'afficher un rendu Rec.709 à l'écran tout en enregistrant du log. Vous jugez l'image finale, vous conservez le fichier riche.
- Fiez-vous aux waveform et aux fausses couleurs. La waveform vous dit factuellement où sont vos hautes lumières et vos noirs. Les fausses couleurs vous indiquent où se situe la peau de votre sujet, généralement autour de 55 à 70 IRE.
- Exposez à droite, avec méthode. Le bruit se loge dans les ombres. En log, on surexpose souvent d'un demi à un diaphragme et demi par rapport aux repères constructeur, puis on redescend en post. La règle exacte dépend de votre boîtier, testez-la une fois pour toutes.
Et surtout, ne comptez pas sur la post pour rattraper un éclairage bâclé. Le log élargit la fenêtre, il ne crée pas de lumière. Un schéma d'éclairage trois points bien posé vous fera gagner plus de qualité d'image que n'importe quel profil exotique.
De la LUT technique à l'étalonnage créatif
Beaucoup confondent les deux, et c'est la source de la plupart des images log ratées. Il y a deux étapes bien distinctes.
La conversion technique. C'est le passage de l'espace log vers le Rec.709. Elle se fait avec une LUT de conversion fournie par le constructeur, ou mieux, avec la gestion de couleur intégrée de votre logiciel. Cette étape n'est pas créative, elle est mathématique. Elle remet simplement votre image dans un espace regardable.
L'étalonnage. C'est ce qui vient après : équilibrage, contraste, raccords entre plans, look. Une LUT dite créative s'applique par-dessus la conversion, jamais à la place, et jamais à 100 pour cent d'intensité sans réflexion.
La méthode qui fonctionne, dans l'ordre :
- Corriger l'exposition avant la LUT, pas après.
- Appliquer la conversion technique vers Rec.709.
- Équilibrer la balance des blancs et les carnations.
- Raccorder tous les plans entre eux pour une continuité propre.
- Ajouter le look en dernier, avec parcimonie.
Vous avez maintenant une image qui tient debout. Ne la sabotez pas au moment de la sortie : la compression d'une plateforme est impitoyable avec les dégradés fins, et nos réglages d'export vidéo pour YouTube vous éviteront de perdre en trente secondes ce que vous avez gagné en trois heures d'étalonnage.
Les erreurs qui gâchent un tournage log
- Sous-exposer. L'erreur numéro un. Le bruit remonte violemment dès que vous rétablissez le contraste.
- Filmer en log avec un ISO inadapté. Les profils log ont souvent un ISO natif imposé, parfois élevé. En dessous, vous perdez de la dynamique dans les hautes lumières.
- Appliquer une LUT créative directement sur du log brut. Le résultat est presque toujours saturé, contrasté à l'excès et impossible à corriger.
- Négliger la balance des blancs au tournage. Le log tolère plus, il ne pardonne pas tout.
- Oublier le débit. Un log en 10 bits sur un débit famélique produira des artefacts dans les zones sombres.
Ce qu'il faut retenir
Filmer en log est un contrat : vous acceptez une image laide au tournage, une exposition plus exigeante et une étape de post obligatoire, en échange de plusieurs diaphragmes de latitude et d'un contrôle total sur le rendu final. Si vous tenez votre part du contrat, le gain est réel et visible. Si vous l'activez juste parce que le menu le propose, vous obtiendrez une image moins bonne qu'en profil standard.
Commencez par le tester sur un projet sans enjeu, calibrez votre exposition une fois, construisez-vous une chaîne d'étalonnage propre, et le log deviendra un outil et non une contrainte. Pour aller plus vite, PlexLab met à votre disposition des LUTs, presets d'étalonnage et ressources pour créatifs prêts à l'emploi, pensés pour les workflows log les plus courants. Et si vous voulez creuser d'autres aspects de votre production, l'ensemble de nos guides vous attend sur le blog de la boutique.
Questions fréquentes
Pourquoi mon image en log est-elle grise et sans contraste ?
C'est normal et voulu. La courbe log compresse volontairement le contraste et la saturation pour répartir les valeurs disponibles du fichier de façon plus intelligente, avec une priorité aux ombres et aux tons moyens. Le contraste se rétablit en post-production, via une conversion vers le Rec.709 puis un étalonnage.
Peut-on filmer en log en 8 bits ?
Techniquement oui, mais c'est rarement une bonne idée. En 8 bits vous ne disposez que de 256 valeurs par canal, et les étirer sur 12 ou 13 diaphragmes provoque du banding dès que vous remontez le contraste, notamment dans les ciels et les dégradés. Si votre caméra ne propose du log qu'en 8 bits, un profil standard bien exposé donnera souvent un meilleur résultat.
Faut-il surexposer quand on filme en log ?
Légèrement, oui, dans la plupart des cas. Le bruit se loge dans les ombres, et exposer un demi à un diaphragme et demi au-dessus des repères constructeur permet de le repousser, puis de redescendre en post. La valeur exacte dépend de votre boîtier : faites un test une fois, notez le réglage, et appliquez-le systématiquement.
Quelle différence entre une LUT de conversion et une LUT créative ?
La LUT de conversion est purement technique : elle traduit votre espace log vers le Rec.709 pour rendre l'image regardable. La LUT créative applique un look par-dessus. Elles s'appliquent dans cet ordre, jamais l'une à la place de l'autre. Poser un look directement sur du log brut produit presque toujours une image saturée et incorrigible.
Le log est-il utile si je publie uniquement sur YouTube ou les réseaux ?
Il peut l'être si vos scènes présentent un fort écart de luminosité ou si vous tenez à un look précis. En revanche, si vous filmez en lumière contrôlée et que vous livrez rapidement, un profil standard vous fera gagner un temps considérable sans perte visible après compression.
Gagnez des heures d'étalonnage : LUTs de conversion, presets et ressources prêts à l'emploi vous attendent dans PlexShop.
Explorer la boutique →